« Déambulations »

  • Texte de Marc Botineau
    Conseil n°19
    "Envie(s) de ville(s)" La qualité du logement et sa condition urbaine
    Mars 2014

Silence

Arpenter les rues d’Helsinki pour la première fois est une expérience particulière pour un latin, plus habitué aux métropoles chaotiques du sud qu’aux grandes villes calmes du nord. La promenade fut d’ailleurs reposante dans un espace urbain silencieux bien que central et dense. La civilité des habitants à la discrétion toute nordique n’y est pas pour rien, toute comme la coexistence pacifique des piétons avec une circulation automobile où tout semble se dérouler sans heurt. Mais on ressent aussi quelque chose qui n’est pas immédiatement identifiable : c’est une ville où les yeux se reposent. L’espace public est silencieux, libéré de ses inévitables potelets, clôtures et autres jardinières encombrantes, loin de la cacophonie de nos rues et de leur surenchère réglementaire et sécuritaire. La ville a su faire taire son mobilier urbain habituel, inutile quand la neige envahit les rues et dérisoire lorsque la mer étire le sol de la ville à l’infini.

Nature

En traversant les parcs qui se succèdent vers le nord depuis le Palais Finlandia, je ne peux m’empêcher de penser aux « coulées vertes » françaises alors bien chétives. Ce n’est pas ici un espace vert de compensation mais une véritable extension de la forêt qui prend puissamment possession du cœur de la ville, un aller simple vers la nature depuis le centre-ville. Ce dispositif accepte la coexistence de milieux différents, la porosité, sans forcement délimiter, sectoriser. La ville ne s’est pas construite ici de façon concentrique mais en lanières, reliant la nature de façon simple et directe, sans obstacles inutiles. La continuité du sol a construit un espace urbain fluide et agréable, non sans surprises, car ce sont des invités inattendus qui émergent parfois de ce sol pour se mêler à l’asphalte de la ville. Ces masses rocheuses laissées apparentes et qui affleurent un peu partout participent au récit de la ville, comme la mémoire d’un sol originel.

Ville

Lors de la visite d’un nouveau quartier gagné sur d’anciennes emprises portuaires, une intervenante expliquait comment la maîtrise du foncier par l’Etat finlandais avait permis de « fermer le robinet » de l’étalement urbain et de ramener de jeunes couples en ville, pour les installer dans des extensions urbaines maîtrisées. On se prend alors à rêver d’une telle décision politique en France. On ne s’étale plus, on fait avec ce que l’on a : consommation de terres naturelles ou agricoles = 0m²/an. Dans le département rural où j’interviens le résultat serait sans doute intéressant à mettre en oeuvre. Mais actuellement, le foncier n’y coûte rien et appartient surtout au privé. Promoteurs et géomètres s’en donnent à cœur joie.Pourtant lors de nos visites dans ces petites communes rurales, on se rend compte qu’il y a suffisamment de foncier disponible ou bien de belles maisons en pierre à rénover dans les limites même des bourgs. On pourrait y construire au moins deux fois le nombre de logements que les maires comptent habituellement installer dans des projets de lotissements flambants neufs et remettre ainsi en valeur ce patrimoine délaissé. Je n’ai pas encore découvert de communes où l’on ne trouve pas ce cas de figure. Certains documents d’urbanisme vont d’ailleurs dans ce sens, les maires prenant le risque de se mettre à dos certains agriculteurs spéculateurs. Tout n’est pas toujours qu’une question d’argent, mais aussi de volonté et de courage politique.

Marc Botineau